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日志


3月30日

La onzième lectrice

Ce billet d’abord pour vous faire partager ma joie – modeste et non prétentieuse – de compter depuis le 25 mars un onzième lecteur de “Treize Nuits avec Rusalka”. Un onzième lecteur qui est d’ailleurs une lectrice. Merci Nadine, je te souhaite une excellente lecture.

Ce billet ensuite pour vous faire partager ma déception de n’avoir toujours pas eu le plaisir de lire un seul commentaire sur la page de TheBookEdition. D’où la modestie de ma joie, car ce silence laisse à penser que mes histoires ne plaisent pas suffisamment pour donner envie de partager. Mes lecteurs et lectrices sont-ils déçus ou seulement timides ?

Blog Stats 20090330Ce billet enfin pour vous dire que vous êtes de plus en plus nombreux à venir vous balader sur les pages de mon blog. Le nombre symbolique de 10 000 pages lues a été dépassé il y a quelques jours. La moyenne hebdomadaire est de l’ordre de 500 pages visitées. Vous restez toutefois ici aussi des visiteurs désespérément anonymes, en refusant (sauf rares exceptions confirmant la règle) de me laisser le moindre commentaire. Je vous concèderai que l’obligation de posséder un compte Live Mail soit une contrainte, mais une contrainte pouvant être levée en trois clics de souris tout en préservant votre anonymat en est-elle vraiment une ? Je ne le crois pas, et pour plusieurs raisons que vous connaissez déjà. Dommage donc. Comme je l’écrivais récemment, animer un blog sur le thème de la knismolagnie est définitivement un monologue. Ou plus exactement un dialogue, dont vous ne lisez par ailleurs que mes seuls propos. Bien fait pour vous. S’il s’agissait d’un véritable monologue, sans doute aurais-je déjà depuis quelque temps sinon glissé la porte sous le paillasson, tout au moins réduit le nombre de mes billets à sa portion congrue. Je suis sûr que ma princesse captive avait depuis longtemps deviné pourquoi il me plaisait qu’elle reste dans l’ombre.

3月3日

Knismolagnie : paraphilie du tout

Tu penses sans doute que tes fantasmes de chatouilles ne sont qu’une pratique sexuelle curieuse, exotique et inoffensive. Tu te demandes peut-être s’ils relèvent du BDSM ou du fétichisme. Bonne question. Mais pendant que tu dissertes gentiment sur ton forum favori, un détail t’échappe, un petit point rouge qui glisse lentement sur les murs de ton antre. Il vient de s’immobiliser. Sur toi.

Pourquoi ? Parce que des psychiatres américains ont donné à tes chers fantasmes le redoutable nom de paraphilies (paraphilias). Des listes de ces pathologies sont présentes un peu partout sur la toile, comme par exemple sur le blog de ce jeune canadien :  “Le Silence”.

Si tu l’ignorais, sache qu’être excité sexuellement par :

  • le fait de toucher ou d’être touché s’appelle la naphephilie,
  • le bondage s’appelle la vincilagnia,
  • les pieds s’appelle la podophilie (le “fétichisme des pieds” n’est donc qu’une définition),
  • le fait de se faire chatouiller par une plume s’appelle la pteronophilie,

Et surtout, bien sûr :

Ca ne s'invente pas.

Certaines paraphilies sont tellement ahurissantes que tu douteras peut-être de leur réalité. Sauf que les mêmes psychiatres s’accordent pour les qualifier de déviances et de perversions. Sauf exception, les paraphilies ne touchent que les hommes : si tu es une fille, tu peux dormir tranquille. Soit tu n’as pas de fantasmes, soit tes fantasmes sont totalement bénins (sur le plan psychiatrique). Sauvée : le petit point rouge vient de disparaître.

En revanche, si tu es un mec, tu restes en joue. Pendant que tu es encore libre de tes mouvements, profites-en pour lever tes derniers doutes en tapant “paraphilia tickling” ou “paraphilie knismolagnie” sur Google. Moi, ce qui me dérange, ce ne sont pas tant les listes qui comportent quelques évidences pathologiques condamnables. Non, ce qui me dérange, c’est l’amalgame que l’on y fait entre – par exemple et justement – la pédophilie et la podophilie. Une lettre, une seule petite lettre, mais qui change beaucoup de choses.

Du coup, je trouve que tout ceci est plutôt inquiétant, voire franchement flippant. La déviance et la perversion sont des mots lourds de sens, qui se définissent uniquement par rapport à une majorité forcément garante de normalité : est-ce donc uniquement parce que nous sommes peu nombreux que notre fantasme est jugé sans appel comme une déviance et une perversion ? “La folie, c'est la loi de la majorité” : c'est de Terry Gilliam et c’est dans “L'Armée des Douze Singes”. Or le problème avec la majorité, c'est que même quand elle a tort, aucune minorité n'est crédible pour le prouver : la majorité a donc toujours raison. J’avais écrit sur l’Initiation que “la folie et la normalité ont toujours été sujets à interprétation. Au cours de l'Histoire, et récemment encore avec la psychanalyse, la question s'est posée avec acuité. Le fou est celui qui dérange, que l'on ne comprend pas, qui s'écarte de la majorité silencieuse. Sa vision du monde passe par un prisme déformant qu'il est seul à percevoir. Il est toujours plus facile de juger que de définir”. Il semble naturel de penser que la knismolagnie, comme toutes ses copines, sont des maladies qu’il convient de traiter, et dont il convient de guérir. De gré ou de force ? Bonne question. Et pour les réfractaires ? Ostracisme, enfermement dans un centre spécialisé, persécution peut-être ? A qui as-tu osé jusqu'ici avouer tes fantasmes de chatouilles ? A personne ? Alors comment est-il au courant, celui qui est à l’autre bout du petit point rouge ?

Pour toutes ces raisons, j’ai sursauté en découvrant cette photo incroyable sur un post de TickleTheatre.  L'originale est publiée sur le site du magazine de mode américain W, dans un diaporama montrant des “jeunes filles jouant aux jeunes délinquantes dans des situations compromettantes”, entre une série de clichés de Madonna et une autre de Brad Pitt. Sans blague. J’ai peut-être mal vu, mais la fille sur le lit, elle a bien les chevilles attachées et elle se fait chatouiller les pieds, non ? La légende doit être écrite par un martien parce qu'elle ne parle que de vêtements en satin, de Jean Paul Gaultier, d’une boutique à Santa Monica et d’une autre à New-York. Hallucinant, non ? Au moins autant que la liste des déviances et perversions sexuelles qu’on appelle paraphilies. A ton avis, cette photo, c'est de la naïveté, de la provocation, du cynisme – la knismolagnie comme argument marketing – ou un simple contrepied ? J’aime assez l’idée du contrepied, mais ce serait sans doute de la naïveté.

Pour conclure sur une note positive, je vois au moins une bonne nouvelle dans tout ceci : si je me retrouve un jour enfermé avec ma partenaire de jeu dans un centre spécialisé – avec des pièces capitonnées totalement insonorisées et des lits à contentions intégrées – je doute fort qu’on s’y ennuie une seule seconde. Si seulement on nous laisse y jouer en paix.