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Addictions Tactiles

Escapades au pays de mes fantasmes
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June 27

Rigoler tôt

Rigoletto à Chambord Je ne crois pas au hasard ni aux coïncidences. Je préfère penser que dans le second monde, tout est magique. Comme cette affiche qui ornait le mur à l’entrée du château de Chambord. “Rigoletto”, un jeu de mot facile qui nous aura fait (sou)rire, mais qui pointe surtout sur une vérité d’une importance essentielle à mes yeux.

L’envie de m’isoler plusieurs jours dans un endroit désert avec ma partenaire de jeu remonte à plusieurs années déjà. Et au-delà de cette idée qui m’a toujours follement excité, une chose plus particulière m’attirait dans ce fantasme : j’ai toujours considéré qu’il n’y avait rien de plus fort, rien qui ne s’inscrive mieux dans l’esprit du jeu qu’une séance de torture dès le réveil. Et j’écris bien “dès le réveil”, c’est-à-dire avant toute autre chose. Se réveiller, à l’aube, avec le même premier désir partagé, absolu, paroxysmique, irrépressible, non pas d’une inoffensive et sensuelle séance de caresses, mais d’une véritable séance de torture, d’un supplice d’une intensité maximale. Le fantasme le plus pur est celui qui s’impose à nous comme la première pensée de la journée. Rien ne me plaît davantage que de réaliser ce premier désir.

PS : pour info, “Rigoletto” ne signifie rien pour un Italien puisque le verbe “rigolare” n’existe pas.

June 23

Le regard d’Alice

Nos trois jours et trois nuits ne pouvaient s’achever que dans un écrin comme Chambord, chef d’œuvre de la Renaissance. “Une part de rêve qui sommeille en chacun de nous” lit-on sur le site officiel. A l’entrée, l’hôtesse insista pour que nous allions voir le film 3D, avec une détermination presque suspecte (le syndrome du “Da Vinci Code”). Une fois installés dans la salle obscure, la voix du conférencier virtuel ne parla plus que du “donjon”, répétant ce mot à l’envi, tandis que ma princesse et moi échangions des sourires complices. A la fin de son exposé, parlant de l’escalier à double révolution, notre orateur conclut : “Au centre du donjon, la surprise s’ajoute à l’émerveillement”. Cette fois nous frissonnâmes vraiment. Coïncidences étranges et mystérieuses ? A moins que…

Au-delà de l’idée du gage de mon billet “I Love Tickling”, j’ai alors trouvé amusant – et surtout excitant – de visiter Chambord avec le fameux t-shirt sur mes épaules. Non par provocation, qui n’est pas dans ma nature, mais dans l’esprit du jeu qui nous avait guidés ces trois derniers jours.

Une heure et demie à arpenter les salles, les couloirs, les coursives, les escaliers, les impasses du château, chatouillant par surprise ma princesse dans quelque passage étroit et désert, et aussi, guettant les réactions des touristes, des Allemands et des Anglais surtout. Plusieurs regards se sont attardés, mais sans plus. Je terminais donc la visite, fier d’avoir porté nos couleurs et milité pour l’émancipation de notre cause, mais sans toutefois réussir à me départir de cette petite déception que rien de magique ne se fut finalement passé. Rien que je ne puisse vous raconter ici.

C’est à ce moment que cela arriva.

Nous nous dirigions vers la sortie lorsqu’une petite fille de dix ans passa juste devant nous, étoile filante rejoignant ses camarades. Dans sa course, son regard croisa mon t-shirt. Furtivement. Distraitement. Et il se produisit alors cette chose incroyable. Elle nous avait déjà dépassés lorsqu'elle s'immobilisa, comme si elle venait de se dire : “Non ! Ce n’est pas possible, je ne peux avoir vu ça !” Pour la seconde fois, son regard se porta alors sur le t-shirt, pendant une seconde, pas plus, mais de pure magie. Puis, la petite fille reprit sa course et disparut dans les couloirs de Chambord, emportant avec elle le souvenir d'une image improbable.

J’aime à croire que cette petite fille se prénommait Alice.

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Post scriptum : je vous invite en toute simplicité à aller musarder sur le somptueux site du Golf des Bordes que nous avons longé en voiture lors d’une escapade pluvieuse entre deux supplices. “Deep in the Loire valley, surrounded by ancient oak forest…” Vous aurez, je crois, une idée assez fidèle de la magie de l’écrin de nos jeux.

June 20

Rêves de Sologne

Nous avons fait un rêve. C’était au printemps, un printemps pluvieux et froid. C’était au cœur d’une forêt immense et mystérieuse, peuplée de wilis dont les rires cristallins résonnaient dans la nuit. C’était une petite maison enfouie dans les arbres, avec un grand chêne sur le devant, une balançoire accrochée à une branche basse. Je t’y emmenais, toi ma princesse captive, pour trois jours et trois nuits de tortures, dans ce donjon isolé, protégé du temps et de l’agitation des hommes.

Là, au milieu de nulle part, nous avons rêvé qu’il n’y aurait personne pour t’entendre rire, crier et supplier. Personne pour venir à ton secours. Personne d’autre que moi : tu y serais ma prisonnière et j’y serais ton bourreau, pour trois jours et trois nuits. Sans bâillon, sans limite, sans pitié, sans tabou.

Nous avons rêvé que nous avions prohibé l’usage de tout safeword. Nous avons rêvé de la plus belle des chambres de torture sous les combles, de ses deux lits à barreaux noirs attendant que j’y attache tes poignets et tes chevilles. Nous avons rêvé de tes pieds, nus, ligotés, de tes orteils immobilisés en extension, de la peau de tes plantes parfaitement lisse.

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Nous avons rêvé d’une expérience ultime, éblouissante, dont nous ne reviendrions pas indemnes. Nous avons rêvé de moments inoubliables, à la mesure de la force de nos désirs. Nous avons rêvé de caresses, de baisers, de tortures et de chatouilles. Nous avons rêvé d’un bonheur sans faille, improbable, débordant. Nous avons rêvé de partage et de fusion sans nuance. Nous avons rêvé de pureté, d’enfance et d’insouciance. Nous avons rêvé de nos fantasmes se reflétant dans un miroir magique. Nous avons rêvé de dépasser nos rêves.

Et nos rêves se sont réalisés.

June 19

Artisanat local

   

Il y a fort longtemps, j’avais découvert la photo d’un supplice original : la victime était allongée à plat ventre sur un chevalet capitonné de cuir noir, ressemblant à une table de massage. Son visage dépassait de l’extrémité de la table, face à un écran de télévision posé sur le sol, lui-même relié à une caméra vidéo, en circuit fermé, dont l’objectif était dirigé sur ses plantes de pieds chatouillées de manière fort adroite par quelque bourreau dont l’histoire, hélas, n'a pas retenu le nom. La suppliciée avait l’heureux privilège d'assister, en direct et de manière détaillée, à son propre supplice.

Je n’ai personnellement eu la chance de réaliser ce fantasme que deux fois au cours de ma vie de fétichiste passionné, la seconde tout récemment dans des conditions exceptionnelles et éblouissantes sur lesquelles je ne manquerai pas de revenir dans un prochain billet qui leur sera tout entier dédié. Mais souvent, en cette matière comme en tant d’autres, une image – ou une vidéo – vaut mieux qu’un long discours. Inutile de vous préciser que l’objectif de ce film n’a jamais été de concurrencer les productions alléchantes des multinationales dont les publicités envahissent nos chers forums spécialisés, d’ailleurs pas plus sur la forme que sur le fond, souvent maquillé comme une voiture volée. Cette courte vidéo – deux minutes quinze secondes sur les cinquante-cinq originales – est une friandise, un moment de sincérité et un parangon d’artisanat local militant. C'est aussi et surtout, le symbole d'une fusion sans nuance et d'une révélation dont le souvenir magique hante désormais mes jours et mes nuits.

June 17

Regards complices

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Je dois vous avouer que cela fait plusieurs mois que j’hésite à publier ce billet. Tant et si bien que j’ai oublié l’origine de cette photo qui me trouble tant. “Kink.com” ou “.ca” sans doute, mais peu importe. Avant de vous confier ce que j’aime dans cette photo, je dois vous préciser ce que je n’y aime pas : les marques de flagellation sur le dos, un des nombreux aspects du BDSM avec lesquels je prends clairement mes distances. Bien sûr qu’il serait naïf de nier que les jeux de chatouilles soient imprégnés de domination et de soumission. Mais frapper ma partenaire de jeu, avec un fouet, une badine ou même une plume, avec son assentiment ou à sa demande, est l’antithèse de mes fantasmes : je n’en éprouve aucun désir et n’y éprouverais aucun plaisir. Frapper est l’antithèse des chatouilles, ces caresses délicieusement exaspérantes.

Alors pourquoi cette photo me trouble-t-elle tant ? Pour appeler un chat un chat – celui que l’on ne fouette donc pas -, j’aime passionnément cette image, parce qu’elle me raconte une histoire qui me plaît. Oublions donc les marques de flagellation et imaginons que ce dos soit indemne. Imaginons que ce jeu qui vient d’être partagé était bien une terrible séance de torture, mais de chatouilles.

J’aime avant tout le regard du Prince, mais j’y reviendrai. J’aime l’attitude de sa princesse, à la fois fière, insolente et soumise : non seulement elle est prête à recommencer mais plus encore, elle le désire follement. J’aime qu’elle ne soit pas totalement nue, qu’elle porte cette petite jupe sexy qui accentue l’attrait de ses charmes dévoilés. J’aime qu’à ses poignets soient attachés les bracelets de cuir, témoins des jeux passés et promesses de ceux à venir, car de toute évidence nous sommes au cœur du jeu. J’aime aussi, justement, que ses poignets ne soient pas attachés, tandis que la position de ses bras laisse penser le contraire. Soumission. J’aime aussi cette queue de cheval, tellement adaptée aux jeux les plus endiablés, et souvenir de mes années de fac d’éducation physique. J’aime aussi la position de ses mains détendues, de ses longs doigts qui se croisent. J’aime enfin ce petit tatouage sur l’épaule, signe d’empreinte, métaphore du lien qui unit la princesse à son Prince, de leur complicité, de leur fusion sans nuance. J’aime enfin, parce qu’elle me raconte une histoire, tout ce que cette photo ne me dit pas. Que va-t-il lui murmurer ? Va-t-il lui dévoiler son prochain supplice, ou bien peut-être son enjeu ? Est-elle pieds nus ? Porte-t-elle également des bracelets à ses chevilles ? Voit-elle le chevalet sur lequel il s’apprête à l’entraver, le chevalet de son prochain supplice ? Peut-être va-t-il cette fois lui attacher les orteils, étirés, bien écartés, pour l’y torturer sans aucune pitié ?

Mais j’en reviens toujours au regard, celui que l’on voit et surtout celui que l’on devine dans celui que l’on voit. Deux regards complices, forcément, follement, inconditionnellement. Jouer, c’est fusionner.


PS : les termes consacrés de Maître et de soumise ne m’ont jamais plu, surtout le second. Si je considère que le Tickling est bien une forme de BDSM dont il convient de ne pas renier les origines sinon nier les affinités, il faut aussi et surtout que le Tickling sache créer sa propre identité, exister en tant que pratique BDSM à part entière, avec sa maturité et sa propre personnalité tactiles. J’ai donc choisi d’utiliser les mots de Prince et de princesse (attention aux majuscules) qui me conviennent mieux et sont surtout en symbiose avec ma propre histoire.

June 07

La naissance d’un fantasme – la piscine

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“Dans le jardin à présent délaissé, résonnaient encore les cris et les rires de la bataille : les seaux gisaient sur le gazon, avec le tuyau d'arrosage, éparpillés au hasard des derniers combats. L'eau claire de la piscine paraissait encore agitée des plongeons et des ébats joyeux des jeunes filles.”
Extrait de “Treize Nuits avec Rusalka”, “Point Faible”

June 06

Be the change you wish to see in the world

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– Mais je ne veux pas aller parmi les fous, fit remarquer Alice.
– Impossible de faire autrement, dit le Chat. Nous sommes tous fous ici. Je suis fou. Tu es folle.
– Comment savez-vous que je suis folle ? demanda Alice.
– Tu dois l’être, répondit le Chat, autrement tu ne serais pas venue ici.

Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles, Chapitre VI

June 03

La naissance d’un fantasme

Je trouve que la naissance du fantasme d’une lee est un instant magique. Même si elle porte en elle ce désir depuis toujours, le moment de la révélation me fascine, celui où pour la première fois, elle prend conscience de son plaisir d’être chatouillée. Comme le plus souvent cette expérience remonte à son enfance, son plaisir y est d’abord innocent. Plus tard, avec l’éveil de sa sexualité, elle s’aperçoit peu à peu qu'il s’enrichit d’une excitation troublante parce qu’inédite et irrésistible.M1-small

- Te souviens-tu de la première fois ?
Des étoiles brillent dans ses yeux tandis qu’elle esquisse un petit sourire mutin.
- Je devais avoir treize ou quatorze ans peut-être. Je me souviens que j’étais en maillot de bain car c’était une magnifique journée de printemps où nous nous étions baignés dans la piscine. J’avais sans doute un peu trop taquiné mon parrain allongé dans son hamac. Il m’avait attrapée et immobilisée contre lui en emprisonnant ma main entre ses jambes. Puis il s’était emparé de mon pied droit et l’avait chatouillé. Cela ne dura qu’une poignée de secondes, absolument insupportables car il semblait savoir exactement où j’étais chatouilleuse. Ce fut la première fois où je m’aperçus que j’aimais follement cela.

Je la regarde en souriant, savourant le goût délicieusement acidulé de sa confidence, tout en jalousant secrètement cet inconnu qui, sans le savoir, partagea avec elle ce moment unique, et eut l’immense privilège de l’éveiller. Mais était-ce vraiment sans le savoir ?

May 30

You can never leave

Hotel California (Eagles)

Ouverture (Etienne Daho)

On a dark desert highway, cool wind in my hair
Warm smell of colitas, rising up through the air
Up ahead in the distance, I saw a shimmering light
My head grew heavy and my sight grew dim
I had to stop for the night
There she stood in the doorway
I heard the mission bell
And I was thinking to myself
This could be heaven or this could be hell
Then she lit up a candle and she showed me the way
There were voices down the corridor
I thought I heard them say...

Welcome to the hotel california
Such a lovely place
Such a lovely face
Plenty of room at the hotel california
Any time of year, you can find it here

Her mind is tiffany-twisted, she got the mercedes bends
She got a lot of pretty, pretty boys, that she calls friends
How they dance in the courtyard, sweet summer sweat
Some dance to remember, some dance to forget

So I called up the captain
”Please bring me my wine”
He said: “We haven’t had that spirit here since nineteen sixty nine”
And still those voices are calling from far away
Wake you up in the middle of the night
Just to hear them say...

Welcome to the hotel california
Such a lovely place
Such a lovely face
They livin? it up at the hotel california
What a nice surprise, bring your alibis

Mirrors on the ceiling
The pink champagne on ice
And she said: “We are all just prisoners here, of our own device”
And in the master’s chambers,
They gathered for the feast
The stab it with their steely knives
But they just can’t kill the beast

Last thing I remember
I was running for the door
I had to find the passage back
To the place I was before
”Relax” said the night man
”We are programmed to receive.
You can checkout any time you like
But you can never leave”

Il n'est pas de hasard
Il est des rendez-vous
Pas de coïncidence
Aller vers son destin
L'amour au creux des mains
La démarche paisible
Porter au fond de soi
L'intuition qui flamboie
L'aventure belle et pure
Celle qui nous révèle
Superbes et enfantins
Au plus profond de l'âme

Portée par l'allégresse
Et la douceur de vivre
De l'été qui commence
La rumeur de Paris
Comme une symphonie
Comme la mer qui balance.

J'arrive au rendez-vous
Dans l'épaisse fumée
Le monde me bouscule
Réfugié dans un coin
Et observant de loin
La foule qui ondule
Mais le choc imminent
Sublime et aveuglant
Sans prévenir arrive

Je m'avance et je vois
Que tu viens comme moi
D'une planète invisible
Où la pudeur du cœur
Impose le respect
Et la confiance sereine
Et plus tu t'ouvres à moi
Et plus je m'aperçois
Que lentement je m'ouvre
Et plus je m'ouvre à toi
Et plus je m'aperçois
Que lentement tu t'ouvres

Il fut long le chemin
Et les pièges nombreux
Avant que l'on se trouve
Il fut le long le chemin
Les mirages nombreux
Avant que l'on se trouve

Ce n'est pas le hasard
C'est notre rendez-vous
Pas une coïncidence

Eagles Hotel California

Daho Corps et Ames

May 16

No limit : la question du bourreau

Concernant le troisième gage, après l’avoir accepté, ma partenaire de jeu m’a posé la question suivante : “Et toi, seras-tu en mesure de m'imposer ce supplice ? L'assumeras-tu jusqu'au bout ? Ne fléchiras-tu pas sous les supplications de ta proie ? Auras-tu assez de ressources, d'imagination ? Ce n'est si simple pour un bourreau. Tu pourrais aussi flancher par pitié”.

Non en effet, au-delà des évidences, ce n'est pas si simple. Jouer souvent, jouer longtemps, jouer en s’isolant du monde, crée forcément des liens sincères.

Avec le temps et bien que je ne les aie cristallisées que tout récemment, deux règles se sont imposées à moi comme des axiomes :

Règle 1 : je ne joue que si je suis amoureux.
Règle 2 : je ne joue qu’en one-to-one.

Naturellement, je ne suis pas amoureux dès la première séance. La première règle signifie donc que je ne continue à jouer que si je tombe amoureux, si je le deviens puis si je le suis. A chaque étape de l’initiation correspond donc une étape émotionnelle qui la complète. Pourquoi ? Parce que ces liens qui nous attachent l’un à l’autre ne sont pas anodins, superficiels ou frivoles. Ils sont sincères, profonds et la genèse d'une confiance totale.

Pour illustrer cette première règle et la lier à la seconde, voici ce que j’écris : lorsque nous irons à Insomnia, si ma partenaire de jeu me demande de ne pas toucher KillerQueen de toute la soirée, je respecterai cette règle à la lettre. En contrepartie, je demanderai à ma partenaire de jeu de ne jouer avec personne avant que l’intéressé(e) – et non ma partenaire de jeu, c’est important – ne soit préalablement venu me demander et ait obtenu ma “permission”. Le caractère exclusif de notre relation, via le jeu des permissions, est une des rares idées lumineuses du BDSM auxquelles j’adhère sans nuance. C'est aussi une question de respect, de courtoisie, de raffinement et d'élégance. Voilà aussi en quoi cette idée précise le périmètre et le contexte de ma seconde règle : nous pouvons aller ensemble à une soirée et y jouer tout en respectant cette règle.

Pour en revenir à la question de ma partenaire de jeu, j’ai bien précisé “au-delà des évidences” car je ne parle pas naturellement de simples suppliques, même si elles sont désespérément sincères. Lorsqu'elle a accepté la règle du supplice sans limite, lorsqu’elle a renchéri sur son désir de dépasser ces limites sans aucune issue de secours, lorsqu’elle m’a défié d’aller bien plus loin que nous n’avons jamais été ou même que nous n’irons peut-être ensuite plus jamais, alors se pose la question de ma propre capacité à dépasser les sentiments qui nous lient pour réaliser nos fantasmes entremêlés. Je veux parler du moment où elle aura épuisé toutes ses forces pour me résister, où tout désir conscient d’être chatouillée aura été annihilé par l’excès d’exaspération, où elle pleurera vraiment, où elle me haïra forcément, où je verrai briller dans ses yeux la lueur effrayante du risque que ce soit notre dernier jeu. Au moment de choisir, la seule corde de sécurité qui me restera sera la confiance que je porterai en elle et en ses fantasmes. La question est donc posée : à ce moment de risque ultime et de fantasme pur comme le cristal, oserai-je continuer de la chatouiller ? Et combien de temps ? Parce qu’à cet instant, juste tremper ses lèvres dans l’alcool du Graal ne sera pas dans l’esprit du jeu. Il faudra boire la coupe d’un trait, et la jeter ensuite derrière l’épaule : comme dans la tradition des verres de vodka qui ne doivent servir qu’une seule fois, ce jeu-là est forcément unique, et se joue forcément comme s’il ne devait y avoir aucun lendemain.

A la question de ma partenaire de jeu, je répondrai ceci, sans prétention : je ne suis pas sûr de pouvoir assumer ce risque, mais je suis Peheff et je te fais la promesse de continuer de te chatouiller, et de t’emmener là bas, dans cette “face Nord d’où personne n’est jamais revenu”.

“You are Unique - just like everybody else” signe Max Speer, modérateur du TMF et organisateur du NEST. Oui mais pour paraphraser Orwell, certain(e)s sont bien plus uniques que d’autres. Et pour ne pas tomber dans le piège du jugement de valeur, “j’aime” ce qui te rend unique bien davantage que ce qui rend toutes les autres uniques. Sans limite ni exclusivité, dans le temps ou l’espace.

May 13

No limit

Gage n°2 : te trouver toi-même un gage (absent de ma liste bien sûr).

Gage n°3 : jouer sans safeword.

Ce troisième gage m’a été inspiré par le site Nest Gathering, dans la rubrique “Kidnapping Scenarios”. Je trouve follement excitante cette idée de te faire subir un supplice sans te laisser disposer du recours ultime, sans aucun espoir d’échappatoire. Excitante par sa lumineuse et terrible simplicité. Excitante parce qu’elle prend le contre-pied des règles BDSM qu’il convient de ne pas prendre au pied de la lettre. Excitante parce que, et surtout parce que…

...à réserver à des partenaires expérimentés, et s’accordant donc une confiance aveugle.

As-tu assez confiance en moi pour accepter ce gage ?

PS : je m’interroge par conséquent aussi sur le caractère raisonnable de cette disposition dans le cadre des kidnappings du NEST. Dans une nouvelle de “Treize Nuits…”, je pourrais comprendre mais au NEST, c'est déjà plus difficile. A ce propos, saviez-vous quelle était la signification de l'acronyme ? En tous cas, comme je l'ai lu sur le TMF, l'ignorer est le plus sûr moyen d'y passer pour un bleu, un vrai rookie. Ce qui ne vous arrivera pas puisque NEST signifie “North East Society of Ticklephiles”. La culture, c'est comme la confiture... entre les orteils, et avec la langue !

May 12

Douzième lecteur

“Treize Nuits avec Rusalka” compte depuis le 5 mai un douzième lecteur, et le premier Parisien (voir mon billet du 18 février dernier). Je le remercie et lui souhaite une bonne lecture.

May 08

I Love Tickling

Gage n°1 : porter ce t-shirt dans un lieu public.

I Love Tickling 1

Sur une idée originale de vistaprint.fr

May 05

Basculer

Chatouiller jusqu’à atteindre ce moment magique où tu bascules, où l’univers chavire, où le temps suspend son vol. Chatouiller jusqu’à te faire perdre contrôle et lucidité.

L’instant magique ne se saisit pas d’évidence. Il est furtif, ne s’apprivoise pas, reste sauvage. Il attise ma curiosité parce que je te l’offre sans pouvoir comprendre ton abandon. Je ne peux que l’esquisser, tenter de l’imaginer. Que ressens-tu lorsque tu bascules dans cet autre monde, ce troisième monde ? Ton esprit s’arrête de penser, m’as-tu confié, comme une absence, une suspension. La sensation extrême de planer, de flotter. Les mots sont difficiles à trouver, puisque déjà il faudrait te souvenir de ces instants où ton esprit est immobile dans le vide. Que se passerait-il si le supplice alors se poursuivait, si j’ignorais tes suppliques et m’aventurais avec toi, pour toi, un peu plus loin ? Juste un tout petit peu.

Tu m’as fait découvrir que je me suis longtemps trompé, que ce qui m’attirait irrésistiblement dans le jeu n’était pas de te faire supplier mais de te faire basculer. Je confondais l’effet et sa cause, l’image que tu me renvoyais avec celle que je voulais créer en tant qu’artiste. Il existe un jeu dans le jeu, et j’ai hâte d’en explorer à présent les territoires vierges, de m’enfoncer avec toi dans le désert profond. Sans doute sommes-nous condamnés à repousser toujours plus loin les frontières de nos fantasmes. Ensemble.

La nuit est tombée sur la fermette solitaire et silencieuse, blottie au cœur des forêts de Sologne. Sous les combles, tu es attachée sur le chevalet, prête pour ce supplice auquel nous avons osé rêver. Tout paraît étrangement familier, mais nous savons que cette expérience, aucun de nous deux ne l’a jamais tentée. Tes pieds nus me font face, frémissant imperceptiblement dans l’attente du premier effleurement. Je les ai attachés avec un soin qui confine à l’obsession, forçant tes orteils à l’extension pour étirer à la perfection la peau de tes plantes, et bien écartés aussi pour dégager leur base sensible. Ta peau satinée brille doucement dans les lueurs tamisées de la chambre de torture, et se transforme peu à peu en une parfaite extension de mon imagination. Je me love dans ton esprit, m’imprègne de ton désir, me dissout dans ton fantasme. Je deviens toi, et mes doigts savent exactement, au millimètre près, où te chatouiller pour que la sensation soit la plus exaspérante et la plus exquise. Ils s’approchent lentement de ton épiderme. Tes liens se tendent. L’ultime seconde est arrivée. Enfin.

Certaines choses ne s’imaginent pas. Elles doivent se vivre. Vouloir les rêver, c’est risquer de ne jamais les connaître. La seule qui importe est de te laisser tenter, de t’en remettre à moi et à la confiance que tu me portes, puis de t’abandonner, de me laisser t’emmener, te chatouiller, étirer le temps, patiemment, obstinément, jusqu’au moment de basculer.

April 29

Supplier

J’ai cité Aristote dans mon billet du 4 février : “L'infini n'est pas un état stable, mais la croissance elle-même”. Cette phrase a pris la semaine dernière une dimension nouvelle. Inconsciemment ou pas, j’ai toujours considéré que la recherche de l’intensité était un objectif incontournable des jeux de chatouilles. Ne juge-t-on pas l’expert dans sa capacité à faire supplier sa victime ? “Elever les chatouilles au rang de supplice” m’écrivait un internaute ce matin. L’esprit du jeu est de nuancer cette recherche d’intensité en l’imprégnant des fantasmes de sa proie, en répondant à ses désirs dont celui d’aller toujours plus loin et parce que cette quête l’excite plus que les autres.

D’accord, mais pourquoi le moment de supplier est-il un fantasme partagé ?

Tout d’abord, l’idée de supplier n’a rien à voir avec la soumission, et certainement pas au sens où l’entendent communément les jeux BDSM. Dans les jeux de chatouilles, le moment de supplier est celui où la suppliciée lâche prise, perd tout contrôle et s’en remet totalement à son bourreau. La sémantique BDSM définit ce moment comme le sub-space, je crois. La proie ne se soumet pas, jamais : elle bascule dans le vide, elle perd pied. Rien à voir avec une quelconque humiliation ou soumission. Tout à voir avec la confiance, l’abandon, la fusion. Nous sommes au bord de la falaise et le vent chaud lèche ton visage. Tes chevilles et tes poignets sont attachés. Tu regardes ce vide qui t’attire irrésistiblement. Tu sens ma main dans ton dos qui te pousse doucement, très doucement, inexorablement. Et le moment vient où tu bascules. Vais-je te rattraper au tout dernier moment ? Allons-nous basculer ensemble, accrochés l’un à l’autre, en base-jump ? C’est peut-être la raison pour laquelle il s’agit d’un fantasme partagé.

C’est aussi un moment rare, qui ne se prévoit pas, mais qui se partage forcément. On le cherche, mais on ne sait dire exactement si et quand on va le trouver. Ce qui lui confère une saveur particulière.

Une autre idée se cache aussi derrière celle de supplier. Car l’instant est fugace : lorsque tu me supplies vraiment, lorsque tu utilises le safeword ou que tes mots ou le son de ta voix deviennent soudain différents, alors nous savons tous les deux que le jeu s’achève. Ou plutôt se suspend : une fois que tu m’auras supplié d’arrêter, tu me supplieras de recommencer.

Finalement, qu’y a-t-il alors de pire pour un bourreau que de supplicier une victime trop chatouilleuse ? Parce que si elle supplie trop rapidement, si le but est atteint dès qu’il le décide, presque sans difficulté, alors n’est-ce pas une forme de frustration pour lui que de devoir se contrôler, retenir ses gestes, chatouiller pour rire, pour ne pas obliger sa proie à lâcher prise trop vite, sans avoir profité pleinement du supplice.

“Si à chaque fois, le supplice devient de plus en plus intense, m’as-tu écrit, alors jusqu’où irons-nous ?” Je ne sais pas. Mais j’ai follement envie d’aller voir. Aller voir si Aristote a raison.

April 18

Le Crayon Nageoire

J’ai relu cette semaine les trois premières histoires publiées dans “13 Nuits avec Rusalka”. Je me suis surpris à retrouver cet instrument de torture que j’avais créé à l’époque sur les lieux du tournage de “L’Initiation d’Isabel”, et que j’avais dénommé le “crayon nageoire”. Voici une copie actualisée de la page de l’Initiation qui lui était consacrée.

LE CAHIER DES CHARGES

Si la plume constitue l’instrument de torture fétiche par excellence, elle présente toutefois quelques inconvénients. Elle est fragile et délicate : sa grande souplesse, surtout à sa pointe, ne permet pas d’appliquer une pression importante sur la peau. Si la victime n’est pas très chatouilleuse, la plume n’est souvent pas suffisante pour susciter des sensations vraiment insupportables. De plus, les effets de la torture ne sont maximaux que lorsque la pointe de la plume est parfaitement formée, ce qui est difficile à garantir longtemps dans la mesure où le bourreau qui souhaite intensifier les sensations a tendance à appuyer plus fort sur la peau, déformant ainsi son instrument. Et interrompre le supplice pour lisser la plume peut être un obstacle majeur.

L’idéal serait donc de disposer d’un instrument possédant les caractéristiques naturelles de la plume tout en étant moins sensible à la déformation sous pression. Le “crayon nageoire” est cet instrument.

Pour le construire, il faut disposer de trois ustensiles de base : un crayon de papier, un petit élastique et surtout, une nageoire de queue d’un poisson. Le dernier composant est bien entendu capital : de lui dépend la qualité de l’instrument de torture.

Il faut absolument que le poisson soit de première fraîcheur car après quelques heures, la nageoire de l’animal se dessèche et perd sa souplesse. Il convient également de choisir une queue aux formes pointues à ses extrémités supérieures et inférieures, mais néanmoins pas trop effilées afin de garantir une rigidité adéquate génératrice des sensations de chatouilles extrêmes. Dans l’exemple qui suit, j’ai utilisé la queue d’un mulet de taille moyenne, pêché de surcroît par votre serviteur avec un fusil à air comprimé.

LE MONTAGE DU CRAYON-NAGEOIRE

La première étape consiste à laver soigneusement l’animal, l’odeur restant évidemment le défaut principal de l’instrument. Les plus sensibles d’entre vous sur le plan olfactif utiliseront sans doute un déodorant pour éviter que leur salle de torture n’évoque rapidement la criée du Guilvinec.

crayon_nageoire_1La seconde étape, plus tranchante, consiste à séparer la queue de son propriétaire. Attention de ne pas couper trop court, car une fois désolidarisée du corps de l’animal, la nageoire a tendance à perdre ses formes initiales pour s’aplatir fortement. Attention, ce dernier point peut surprendre le néophyte jusqu’à susciter une vraie déception.

Pour la troisième étape, il convient d’enrouler la base de la queue autour de l’extrémité du crayon (ou de tout autre objet présentant des caractéristiques similaires). Travaillez avec soin et faites en sorte que les extrémités pointues de la queue arrivent exactement à la même hauteur, afin qu’elles puissent chatouiller la peau de votre victime simultanément. D’ailleurs, le crayon nageoire présente cet avantage par rapport à la plume, d’offrir deux extrémités pointues chatouilleuses.

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La quatrième et dernière étape consiste à attacher la queue enroulée au crayon. Vous pouvez par exemple utiliser un élastique. Le plus facile est sans doute de préparer l’élastique autour des doigts, en le bouclant plusieurs fois sur lui-même, avant de le faire glisser le long du crayon. La seule contrainte est de disposer d’assez de force dans les doigts pour passer les deux doigts tenant l’élastique autour du crayon. Au moment où vous relâcherez alors la tension en retirant vos doigts, l’élastique se resserrera pour immobiliser fermement la queue du poisson.

April 17

Mille et une nuits

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Source des illustrations :
MTJ Publishing, Tales From The Asylum #20
BDSM Artwork, Artist DAMIAN

La légende rapporte que chaque nuit, Shéhérazade racontait à son amant, le sultan, une histoire dont elle promettait toujours la suite pour le lendemain, évitant ainsi d’être suppliciée.

Une autre légende raconte qu’Abderam, le frère du sultan, avait enlevé la princesse hongroise Raymonda pour l’épouser. Comme elle refusait de se soumettre, le seigneur Sarrazin l’avait livrée à ses odalisques, dont l’expertise dans les supplices les plus raffinés n’avait d’égale que leur jalousie maladive à l’égard des nouvelles rivales, particulièrement lorsqu’elles étaient étrangères.

“Aucune marque” avait été la seule consigne de leur maître, avant de livrer la captive aux supplices.

Malgré son exceptionnelle résistance et sa détermination farouche, Raymonda finit par craquer, supplier ses bourreaux d’arrêter tout en promettant de se soumettre au prince. Mais les odalisques avaient pris goût à chatouiller la belle étrangère aux jolis pieds sensibles, et jouissaient du plaisir coupable de la voir se tordre sous leurs tortures en hurlant de rire. Elles s’abstinrent donc de rapporter à leur maître la capitulation de leur proie, et poursuivirent les terribles et délicieux supplices. Naturellement, lorsque le prince Abderam s’aperçut de la forfaiture de ses odalisques, il les condamna à prendre la place de leur victime, pour une durée indéterminée.

Trop tard toutefois pour la belle princesse Raymonda qui était déjà devenue dépendante, victime d’addiction tactile. Adberam était condamné à torturer sa belle toutes les nuits, afin de satisfaire les désirs irrésistibles qu’il avait lui-même sinon initiés, tout au moins follement embrasés. Condamné à la torturer mille et une nuits…

April 10

La couleuvre sensuelle

“Elle ouvre les draps et s’y glisse avec une aisance de sirène. La voilà sur moi, chaude et souple, ondulante, ses jambes étreignent les miennes, ses bras se nouent à mon cou, tout son merveilleux corps est une caresse enveloppante et si persuasive, si suggestive (…) son aptitude à se lover contre moi, telle une couleuvre sensuelle”.
Françoise Rey, Métamorphoses

Je me suis longtemps demandé quels étaient mes désirs profonds lorsque se dénouaient les derniers liens et que le jeu s’achevait. J’ai longtemps vécu avec l’idée qu’il fallait nécessairement conserver une certaine distance avec ma partenaire de jeu, physique j’entends, au-delà de l’intimité tactile du jeu lui-même. Le supplice était un monde sensuel, et l’après supplice cédait la place une relation cérébrale. A cette époque, je n’entremêlais chatouilles et excitation sexuelle que dans mes nouvelles. C’était ainsi, une convention tacite que j’avais acceptée sans poser de questions. Sans me poser de questions.

Se donner comme règle de ne pas mêler le sexe aux chatouilles est un choix respectable, qui permet aussi d’éluder des questions délicates. Ce n’est pas celui de mes fantasmes. En acceptant les risques inhérents, j’ai toujours considéré l’orgasme forcé (traduction de l’anglais en tant que pratique BDSM, même si ma partenaire et moi trouvons le terme impropre) comme un ingrédient indissociable de mes fantasmes de chatouilles. Le jeu est tactile mais aussi éminemment sexuel. Rien à voir bien sûr avec des rapports conventionnels. Je parle de tout autre chose. J’ai eu récemment la chance de pouvoir transformer ce rêve en réalité, et de la manière la plus agréable qui soit. Après ce jeu, j’ai laissé ma couleuvre venir se lover contre moi, et j’ai découvert combien cette proximité tactile m’était aussi agréable que le jeu lui-même, et constituait surtout son naturel et délicieux prolongement. C’est une question de sensualité avant d’être, peut-être aussi, une question de sentiments.

Cette dernière question est délicate mais certainement pas propre au jeu. En voici donc une autre, beaucoup plus intéressante selon moi, que Françoise Rey pose quelques pages plus loin dans sa nouvelle “Question de goût” : “J’ai retrouvé plus tard, chez des hommes, des hommes faits, mûrs déjà, imbus de leur rôle de dispensateur de plaisir, la même joie passionnée du don, le même orgueil narcissique, la même fausse générosité. Régner sur le plaisir de l’autre, c’est se voir magnifique dans son regard chaviré, magnifique et redoutable, car c’est aussi, quelque part, le dominer et le réduire. Il y a sans doute la même ivresse à prodiguer la volupté que la douleur, et il n’est pas hasardeux que parfois les deux se rejoignent sous le fouet d’un bourreau raffiné.”

Comment ne pas tomber dans ce piège, comment jouer sans réduire ? Tout comme le sexe, la domination est aussi un ingrédient du jeu, mais une domination jouée, simulée. Je te déshabille, je t’attache, je te torture. Mais où se trouve alors la ligne à ne pas franchir ? Régner sur le plaisir de l’autre, c’est refuser – ou lui refuser – de s’abandonner. Il y a un danger véritable à n’être que bourreau, celui de cette domination insidieuse, de cette fausse générosité. Ce danger se cache dans le jeu lui-même, d’autant mieux quand il est intense et étourdissant. Sans doute la réponse à ces questions est-elle à chercher dans la volupté des chatouilles qui confère à celle du plaisir une ivresse particulière. Dans cet ordre précis. Il n’est pas hasardeux qu’à ce risque, Françoise Rey ait associé précisément une image BDSM : la volupté et la douleur. La douleur ? Certes, mais qu’en est-il de l’exaspération ? Si vous ne voyez pas, demandez-le à votre partenaire de jeu.

April 03

La brosse à dents des experts


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C’est en tout cas ce que prétendait la publicité. J’entrai dans le magasin avec cet à priori, bien décidé à le mettre à l’épreuve de la compétence d’un expert. Je me dirigeai d’un pas assuré vers le linéaire sur lequel une bonne quinzaine d’instruments étaient soigneusement alignés.
A première vue, rien ne me permettait  de distinguer le bon grain de l’ivraie.
- Bonjour Monsieur, puis-je vous aider ? fit une charmante voix juste derrière moi.
J’avais de la chance. Le conseiller était une conseillère : de grands yeux verts, cheveux bruns mi-longs, la quarantaine resplendissante et une silhouette élancée de danseuse de ballet : oui décidément, j’avais vraiment de la chance. Si en plus la belle était compétente – et je n’osais imaginer le contraire – cet achat mêlerait certainement l’utile à l’agréable.
- Bonjour, répondis-je en lui adressant un sourire enjôleur. Je recherche une brosse à dents électrique.
- Et à quel usage la destinez-vous ? Hygiénique ou tactile ?
- Tactile.
- Parfait.
Le sourire qui éclaira son visage me révéla sa préférence de me conseiller sur cet usage plutôt que l’autre. Son expérience en la matière n’était peut-être pas uniquement théorique. Tant mieux. Seuls les retours d’expérience vécue méritent notre confiance.
- La première chose que je vous conseille, reprit-elle en m’entraînant vers l’extrémité du rayon, c’est de vous orienter vers un appareil à double brosse. Leur efficacité est meilleure. Les mouvements simultanés des deux brossettes sont redoutables.
Après une courte pause pour me laisser le temps de bien intégrer son argument, elle reprit :
- Ensuite, il faut absolument éviter les brosses tournantes, qui sont beaucoup trop irritantes dès lors que vous envisagez un supplice prolongé. Est-ce votre cas ?
- Tout à fait.
- C’est bien ce que je pensais. Les brosses vibrantes n’ont pas ce défaut et leurs effets sont donc plus intenses, à la limite du supportable. Imaginez : 7 600 mouvements par minute, plus de 120 par seconde, aucune victime un tant soit peu chatouilleuse ne peut y résister.
Voyez, nous avons regroupé sur cette partie du rayon les produits les plus adaptés à un usage tactile. Quels sont les endroits que vous préférez torturer: la plante du pied, le talon, les orteils ?
- Cela dépend des circonstances. Les endroits sensibles varient d’une séance à l’autre, mais la base des orteils est presque toujours sensible. De même d’ailleurs que la pointe des gros orteils.
- Vous semblez avoir quelque expérience en la matière. Est-ce votre premier achat ?
- Oui. Mais il y a quelques années, j’ai utilisé une brosse à dents électrique en une seule occasion. L’expérience ne fut guère concluante et pourrait même être qualifiée d’échec. Je dois toutefois vous préciser qu'il s’agissait d’un instrument mono brosse, tournante de surcroît.
- Je vois. Vous aviez en effet peu de chances. Aujourd’hui, les instruments de torture bénéficient des résultats de plusieurs années de recherche dans des laboratoires
spécialisés.
- Et pour l’autonomie ?
- Les appareils que nous vous proposons ont une autonomie d’une vingtaine de minutes. En outre, le temps de rechargement est assez rapide pour vous permettre d’enchaîner plusieurs séances dans la même journée, si vous le souhaitez.
- C’est le cas.
- Une dernière chose importante : si votre victime est très chatouilleuse, je vous conseille un modèle pouvant également être utilisé sans l’embout, c’est-à-dire sans la partie supportant les deux brossettes.
La jeune femme s’empara alors d’un des appareils dont elle désolidarisa l’embout du manche, avant de me montrer l’extrémité dénudée de ce dernier :
- Comme vous le voyez, les brosses vibrantes sont animées par cette petite pièce de métal, fine et aplatie. Le supplice nécessite une certaine dextérité, mais il est possible de torturer votre victime en effleurant sa peau directement avec cette pièce. Entre les orteils, croyez-moi, ces chatouilles sont absolument insoutenables. Il convient toutefois de faire preuve d’adresse, car plus légèrement vous effleurerez, plus intense
sera l’exaspération. En revanche, si vous appuyez un peu trop, juste un peu, vous induirez une sensation douloureuse et désagréable.
- Bien. Vos explications sont claires et vos arguments convaincants.
- Et par ailleurs, mes derniers conseils valent également pour l’usage de la brosse à dents électrique en général. Je dis souvent à mes clients que c’est un instrument d’horloger, pas de forgeron. Si vous voyez ce que je veux dire.
- Je vois parfaitement. D’ailleurs, je vais même vous acheter deux appareils : s’il sont aussi efficaces que vous l’affirmez, je pense que soumettre ma victime à un double supplice sera intéressant. Prolonger la torture en pareilles circonstances pourrait alors avoir un charme tout particulier.
- Je n’en doute pas, comme je ne doute pas de son plaisir. Avez-vous la carte de fidélité ?
- Absolument.
- Dans ce cas, nous vous offrons en cadeau un flacon d’huile de massage. Un complément qui vous sera bien utile, pendant et après l’utilisation de vos instruments de torture.

March 30

La onzième lectrice

Ce billet d’abord pour vous faire partager ma joie – modeste et non prétentieuse – de compter depuis le 25 mars un onzième lecteur de “Treize Nuits avec Rusalka”. Un onzième lecteur qui est d’ailleurs une lectrice. Merci Nadine, je te souhaite une excellente lecture.

Ce billet ensuite pour vous faire partager ma déception de n’avoir toujours pas eu le plaisir de lire un seul commentaire sur la page de TheBookEdition. D’où la modestie de ma joie, car ce silence laisse à penser que mes histoires ne plaisent pas suffisamment pour donner envie de partager. Mes lecteurs et lectrices sont-ils déçus ou seulement timides ?

Blog Stats 20090330Ce billet enfin pour vous dire que vous êtes de plus en plus nombreux à venir vous balader sur les pages de mon blog. Le nombre symbolique de 10 000 pages lues a été dépassé il y a quelques jours. La moyenne hebdomadaire est de l’ordre de 500 pages visitées. Vous restez toutefois ici aussi des visiteurs désespérément anonymes, en refusant (sauf rares exceptions confirmant la règle) de me laisser le moindre commentaire. Je vous concèderai que l’obligation de posséder un compte Live Mail soit une contrainte, mais une contrainte pouvant être levée en trois clics de souris tout en préservant votre anonymat en est-elle vraiment une ? Je ne le crois pas, et pour plusieurs raisons que vous connaissez déjà. Dommage donc. Comme je l’écrivais récemment, animer un blog sur le thème de la knismolagnie est définitivement un monologue. Ou plus exactement un dialogue, dont vous ne lisez par ailleurs que mes seuls propos. Bien fait pour vous. S’il s’agissait d’un véritable monologue, sans doute aurais-je déjà depuis quelque temps sinon glissé la porte sous le paillasson, tout au moins réduit le nombre de mes billets à sa portion congrue. Je suis sûr que ma princesse captive avait depuis longtemps deviné pourquoi il me plaisait qu’elle reste dans l’ombre.

 
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